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No conociera el mundo quien de casa no ha salido - el filósofo se tendió y así meditó


Nous avons volé la culture Print E-mail
Written by Martin Hybler   
Monday, 08 December 2008 05:01

Dans la théorie de Mauss le don est postulé comme paradigme fondamental d’échange non violent entre les gens ; il passe avant le troc ou le contrat. A la place d’un combat guerrier, qui vise à la destruction de l’autre, s’institue ainsi une chaîne interrelationnelle, durable dans le temps (on se souvient de chaque don qui suscite nécessairement un don en retour, une revanche), un futur commun. Le don est ainsi une forme fondamentale de reconnaissance de l’autre comme égal. Il s’agit à la fois d’une externalisation, hors du cercle familial, et de l’élargissement d’une logique intergénérationnelle, fondée sur un don réciproque entre parents et enfants, un don qui institue le moment du changement de génération et fonde le droit d’héritage.

Marcelle Delpastre est attentive, dans les mythes fondateurs et les contes, au rôle du vol, que nous pouvons considérer - en généralisant -, comme le complément à la théorie du don. A savoir que dans de nombreux mythes l’origine de la culture, le passage de l’homme d’une entité naturelle à un entité culturelle est assimilé à un vol. Il s’agit au premier rang du vol du feu (de la culture, de l’âme) aux dieux. Le feu permet aux gens d’élaborer les aliments par effet thermique et de se libérer ainsi de la dépendance des aliments frais. On peut rappeler à cet égard le célèbre livre de Levy Strauss. La cuisson institue aussi une nouvelle temporalité. Il est nécessaire d’engloutir le crû le plus rapidement, sur place ; pour faire bouillir ou rôtir il faut au préalable s’aider d’instruments et avoir à disposition des couverts et du feu qu’il faut maintenir, domestiquer pour les siècles. Par le vol s’institue l’idée d’éternité ainsi celle de dieux, à l'origine en tant que victimes du vol des hommes – ce sont eux les maîtres éternels du feu éternel. De cette manière prend forme une verticale : les dieux sont au-dessus de moi, parce qu’ils ont ce que nous n’avons pas, ce que nous devons leur voler, si nous voulons exister.

Même les adolescents contemporains volent avant tout dans les supermarchés (lumineux halls divins, siège d’éternité) des objets qui symbolisent leur impatience à entrer dans la culture : les filles, des barrettes pour les cheveux et des cosmétiques, les garçons des téléphones mobiles et de l'éléctronique.

Dans le droit romain archaïque, le phénomène du furtum – le vol - précède la définition de l’institution de la propriété et des biens. Un vol a déjà eu lieu alors même qu’il n'y avait rien. Le fait de se trouver légitimement à un endroit défini (dans le contexte du droit primitif, un droit « tolopogique », le lieu et la chose se confondent) est conçu contre une atteinte au droit d’une entité. Il appartient alors plutôt au « fas « -le droit des Dieux- qu’au « jus » ou droit des hommes.

Le vol de l’écriture fait de même partie des sujets courants. Le dieu des voleurs, Hermés, est aussi le dieu de la culture et de l’enseignement. En jetant un coup d’œil rapide à l’histoire il semble que toutes les cultures sont le fruit d’un vol ; et que, si nous suscitons notre mémoire historique ; chaque culture commence par le vol d’une autre culture – la romaine par celui de la grecque, la grecque par la phénicienne, la phénicienne par l’assyrienne et l’égyptienne, l’assyrienne par la sumérienne, et ainsi de suite. Le fait que la culture européenne aie par deux fois volé – au début du Moyen âge et à la Renaissance- la culture antique relève d’un exploit héroïque, ce dont l’Islam n'a malheureusement pas été capable. Rappelons de même que la plupart des inventions ont été volées aux inventeurs et que les inventeurs les ont en général volé quelque part. Qui était le propriétaire de la pomme de Newton ?

Si nous acceptons la validité de la thèse de Maus et que nous considérons que le don est le fondement de la chaîne interrelationnelle, et si d’un autre côté, comme nous nous efforçons de le montrer, le vol est le fondement de la culture, cela signifie que société et culture ont des origines disparates, indépendantes. Il s’agit de deux lignes parallèles, deux conceptions de l’altérité. Le don présente sa résolution comme horizontale, il institue l’autre comme partenaire, comme mon égal, alors que le vol mythifie l’autre, sur un plan culturel, en un être supérieur, en Dieu, maître du feu éternel, et l’homme en « inférieur » auquel il ne reste plus qu’à voler aux dieux. Certainement élevé par ce vol l’homme de culture égal à dieu se penche vers les autres comme vers des personnes inférieures , publique, auditeurs, élèves, lecteurs idiots...

Si la société se développe trop, la culture disparaît, et si au contraire la culture se développe trop, le vol se généralise et la chaîne sociale s’affaiblit – il y surgit la menace de régression vers les guerres, civiles en général.

Traduction par Nicolas Boldych
Last Updated on Monday, 08 December 2008 05:06
 

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